Source www.cnil.fr

L’arrêt du renouvellement périodique des mots de passe

De plus en plus d’études démontrent que forcer l’utilisateur à changer son mot de passe à une fréquence régulière n’est pas une mesure réellement efficace. Les stratégies utilisées par les utilisateurs pour s’adapter aux politiques d’expiration de mots de passe sont généralement prévisibles et abaissent le niveau de sécurité effectif. En effet, la majorité des participants utilise une version légèrement modifiée de leur mot de passe précédent, par exemple en ajoutant un chiffre à la fin. Les bénéfices en termes de sécurité sont ainsi mineurs et largement contrebalancés par l’expérience utilisateur négative.

Ainsi, de plus en plus d’agences de cybersécurité nationales changent leurs recommandations en la matière en arrêtant de recommander une modification périodique des mots de passe pour les utilisateurs standards, voire en recommandant de s’abstenir de demander un tel changement. En particulier, l’ANSSI a adopté cette nouvelle position en 2021 dans son guide « Recommandations relatives à l’authentification multifacteur et aux mots de passe » que la CNIL a cosigné.

La recommandation suit donc ce changement en recommandant de ne plus demander une telle modification périodique qu’aux comptes d’administration. Notons que les risques liés à un l’accès à un compte à privilège nécessiteront souvent une authentification plus robuste qu’une simple authentification par mots de passe.

La conservation des mots de passe

Les mots de passe ne doivent jamais être stockés en clair. Lorsque l’authentification a lieu sur un serveur distant, et dans les autres cas si cela est techniquement faisable, le mot de passe doit être transformé au moyen d’une fonction cryptographique non réversible et sûre, intégrant l’utilisation d’un sel ou d’une clé. Il existe aujourd’hui des fonctions spécialisées qui permettent de répondre à ce besoin, comme scrypt ou Argon2, cités par l’ANSSI.

Que faire en cas de risque de compromission du mot de passe ?

Si un responsable de traitement de données détecte une violation de données en rapport avec le mot de passe d’une personne :

  • le responsable de traitement doit notifier la CNIL dans un délai n’excédant pas 72 heures ;
  • il doit imposer à l’utilisateur concerné le changement de son mot de passe lors de sa prochaine connexion ;
  • il doit lui recommander de veiller à changer ses mots de passe d’autres services, dans l’hypothèse où il aurait utilisé le même mot de passe pour ceux-ci.

Que risquent les organismes qui n’assurent pas un niveau de sécurité des données adéquat ?

Des manquements déjà fréquemment constatés et une réponse répressive adaptée

La CNIL peut contrôler, sur la base d’une plainte reçue ou de sa propre initiative, tout responsable de traitement, que ce soit à distance, en ligne, sur pièces ou dans les locaux de l’organisme concerné. En cas de manquements graves aux principes de sécurité, elle peut ensuite mobiliser l’ensemble de sa chaîne répressive et prononcer des sanctions allant jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires mondial ou 20 000 000 €.

Elle rappelle que les manquements relatifs aux politiques de mots de passe faisaient partie des manquements les plus souvent constatés lors de ses contrôles en 2021 ; ces manquements pouvaient mener à des violations de données aux conséquences parfois importantes pour les personnes.

Un délai d’adaptation dans un cas précis

A la suite de la consultation publique menée sur le projet de recommandation, la CNIL a décidé de supprimer un des cas qui était recommandé en 2017 (mot de passe renforcé par une information complémentaire), qui n’est donc plus recommandé par la CNIL, afin de suivre l’avis de la majorité des répondants à la consultation. En effet, de nombreux professionnels ont considéré que ce cas d’usage ne permettait pas un niveau de sécurité équivalent aux autres cas recommandés.

La CNIL appelle donc les responsables de traitement qui ont recours à cette modalité d’authentification à faire évoluer leur politique de mots de passe, et tiendra compte du délai nécessaire pour mettre en œuvre ces changements.

https://www.cnil.fr/en/node/23315